Toc toc, c’est toi papa ?


-          Toc toc, c’est toi papa ? C’était la voix légèrement rauque de ma fille. Je l’aurais reconnue même au milieu d’une criée aux poissons !

-          Papa c’est toi ? je ne pouvais me tromper, c’était bien la voix de ma fille.

 

Figé sur place, je me tourne pour chercher d’où venait la voix. Je me trouvais sur le palier de la tour nord du mas de Saint Clément où nous habitions à l’époque. Le palier était silencieux et vide mis à part moi !

 

Les portes donnant sur le palier étaient toutes fermées et le poste fixe d’ordinateur était éteint. Ma femme et ma fille étaient en vacances, j’étais tout seul dans la maison et voilà que j’entends des voix !

 

Contrairement à ce que mon beau frère avait affirmé par la suite, lorsque je lui ai raconté cette histoire, je n’avais absolument pas abusé du Jack. Nous étions le matin et je montais à l’étage pour vérifier que tout était fermé avant de mettre en route le système d’alarme anti-intrusion.

 

Le truc habituel avant d’aller travailler quoi !

 

Bof, je me suis dis ! Ma fille me manque tellement que j’en arrive à l’imaginer entrain de me parler. En fait j’avais hâte de rejoindre ma femme et ma fille sur les lieux de vacances après une année de travail particulièrement harassante. 

 

Sur ce, je n’attache aucune espèce d’importance à l’incident, je boucle tout et pars travailler, après avoir mis en marche le système d’alarme de la maison.

 

C’était la grosse bêtise à ne pas faire et je devais la payer par une nuit de cauchemar qui a faillit me coûter la vie ! Car, je ne l’ai su que plus tard, il ne fallait surtout pas mettre le système d’alarme en route après avoir entendu ou même cru entendre la voix du fantôme de Saint Clément !

 

J’entends vos railleries et vos sarcasmes. Vous vous dites il raconte encore des histoires à dormir debout pour se rendre intéressant !

 

Eh ben, si j’ai un petit conseil à vous donner, c’est d’aller faire pipi tout de suite avant de lire la suite de l’histoire. Sans cela, il risque d’y avoir quelques accidents fâcheux, Huh!

 

Trêve de gamineries. Me voilà au boulot où je règles les problèmes les plus urgents, m’assure que tout le monde va recevoir son virement de salaire à temps, envoie les derniers fax aux fournisseurs pour préciser les commandes urgentes pour la rentrée, ferme l’usine et m’en vais chez moi préparer mon sac de voyage heureux à l’idée de prendre le train des vacances le lendemain matin.

 

En arrivant devant la maison je sentis que quelque chose clochait. C’était une impression bizarre comme quand on se sent observé alors qu’il n’y a personne autour. Enfin j’engage la clé dans la serrure, ouvre la porte d’entrée et m’apprête à taper le code de mise à l’arrêt du système d’alarme quand je la vois s’avancer vers moi dans un cliquetis d’osselets ne portant qu’un tablier de cuisine et tenant un bol en plastique dans lequel elle touillait un liquide gélatineux de couleur jaunâtre.

 

-          Bonsoir chéri, tu rentres bien tard ce soir ! Clic, clic, clic…, Prends ton  whisky en attendant que je finisse de préparer l’omelette pour dîner. Clic, clic, clic ..,

 

-          Ha, Ha Ha Haaaaaaaaah !! Hurla-t-elle (en guise de rire sans doute) en tournant les talons pour me montrer l’arrière du tablier dans lequel flottait un sacrum entouré de deux os du bassin bien escarpés et joliment posés sur des fémurs aussi blancs que la craie.

 

Trois choses se sont passées en même temps : Tout ce que j’avais de poils et de cheveux se sont mis debout soulevant tous les pores de la peau, l’alarme de la maison s’est mise à hurler à vous arracher les tympans et une peur- panique me paralysa sur le pas de porte m’empêchant de tourner les talons pour m’enfuir.

 

Oui vous avez bien compris, je venais d’être accueilli dans ma maison par un squelette qui portait le tablier de cuisine de ma femme et qui était entrain de me préparer une omelette pour le dîner !

 

Je ne me suis pas pincé pour voir si je ne rêvais pas, il n’y a que dans les livres que l’on fait ça, et j’essayais de retrouver mes esprits pour aller couper cette sirène stridente qui me mettait la cervelle en compote.

 

Pendant ce temps, mon hôte décharnée s’amusait drôlement : Chaises, canapés et tabourets du bar flottaient en farandole au milieu du salon, ma dague byzantine sortie de son fourreau, s’est lancée avec une force inouïe pour venir se planter dans le plâtre du mur à deux centimètres de ma tête, le grand écran de télé s’anima pour montrer des images obscènes et pornographiques et l’ordinateur du pallier se mit à parler utilisant la voix de ma fille :

 

-          Toc toc, c’est toi papa ?

-          Toc toc, c’est toi papa ?

-          Toc toc, c’est toi papa ?

            

Un vrai cauchemar !

 

Soudain un énorme crâne entouré d’une espèce de brouillard bleuté, se plaqua contre mon visage envahissant mon champ de vision et arborant cette étrange expression puérile toute en point d’interrogation, qu’ont les lions avant de fondre sur leurs proies.      

 

J'eus à peine le temps d’ouvrir la bouche pour hurler que la voilà entrain de faire la danse du ventre, poussant les os iliaque et du coccyx d’avant en arrière, dans un mouvement qui se voulait aguichant sans nul doute !

 

Je ne sais pas si vous imaginez le spectacle : Une cage thoracique, surmontée d’un crâne et entourée de morceaux d’os flottants à un mètre du sol, ondulant dans un mouvement aussi érotique qu’une chaîne de vélo !

 

L’instant d’après, le tas d’os était sur moi essayant de me faire avaler sa mixture gluante m’enfonçant dans le gosier ses phalanges, carpes et métacarpes jusqu’au radius tout en hurlant son rire macabre ponctué de cliquetis d'os entrechoqués,

 

 - Clic, Clic, Clic.. ; Clic Clic !!

 

Refusant ces avances macabres, j’ai du me débattre et réussi à hurler, malgré la peur irrationnelle qui me paralysait.

 

Tout d’un coup, j’entends un premier clac puis un deuxième avant de sentir la brûlure des gifles sur mes joues !

 

Quelqu’un était entrain de me secouer, j’ouvre les yeux, je me redresse d’un coup pour me retrouver face enfouie entre des seins opulents qui me couvraient la face, la tête et une partie du torse.

 

-          Réveillez-vous Jean-François, réveillez-vous !

-          Arrêtez de hurler le  cauchemar est fini ! Réveillez-vous maintenant !

 

J’avais la tête enfouie entre les plis charnels et avantageux de Madame Bidasse la voisine qui me réconfortait comme elle le pouvait tandis que Monsieur Bidasse en short et Marcel, monté sur un tabouret, était en train de démonter le boîtier du système d’alarme pour débrancher la batterie et mettre fin à ce cauchemar acoustique.

 

Monsieur et Madame Bidasse, et leurs deux filles, sont des voisins charmants et prévenants et comme ils s’ennuient un peu chez eux, ils passent beaucoup de temps à épier chez nous et à intervenir pour offrir leur aide dès que l’occasion s’en présente.

 

Madame Bidasse m’expliqua qu’en l’absence de ma dame, elle décida de m’inviter à dîner ce soir là. En arrivant devant le portail elle a entendu l’alarme, et se doutant que quelque chose n’allait pas, a appelé son mari à la rescousse. C’est en entrant dans la maison qu’ils m’ont découvert gisant par terre tenant le tabouret du bar à pleines mains et hurlant comme un forcené.

 

Pendant que je racontais mon cauchemar aux Bidasse, je remarquais les regards entendus et légèrement inquiets échangés entre eux.

 

Madame Bidasse finit par me relater l’histoire de cette jeune femme habitante de Saint Clément, morte par électrocution après que son mari ait trafiqué leur système d’alarme pour qu’elle reçoive un courant de 380 W. dès qu’elle y touche. La pauvre malheureuse fût retrouvée complètement carbonisée à l’exception de son squelette resté intact.

Depuis, elle venait tourmenter les hommes seuls, puisant sa force des ordinateurs et des systèmes d’alarme, créant ainsi la légende du fantôme de Saint Clément !

 

Bien entendu, ce soir là, je ne remis pas le système d’alarme en route et j'eus beaucoup de mal à m’endormir. La société de télésurveillance m’appela le lendemain matin pour m’informer d’une anomalie constatée la veille et qui leur semblait pour le moins curieuse:

Ayant enregistré deux alertes intrusion provenant de chez moi sur leur moniteur de contrôle, ils ont vérifié l’état de mon système d’alarme pour constater qu’il était resté désactivé toute la nuit. Ce qui était techniquement impossible !

Pire encore, en même temps que les alertes intrusion, leur imprimante de service s’était mise en marche pour imprimer en continue la phrase suivante :

 

-          Toc toc, c’est toi papa ?

-          Toc toc, c’est toi papa ?

-          Toc toc, c’est toi papa ?

 

3 juin 2008

 
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