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Faut-il replâtrer le système financier mondial ou… ? (Lire d'abord : Paradigm Shift
(1) )
Nous avons vu dans la première partie de cet article consacrée à la notion de "paradigm shift", combien nos sociétés pouvaient êtres imperméables aux innovations de rupture lorsque celles-ci venaient à bousculer les schémas de pensée existants, et qu’il fallait le brin de génie visionnaire d’un Henri Ford pour comprendre que les gens ne voulaient pas de bolides mais de calèches-à-moteur qui ne crottaient pas, afin que le nouveau paradigme puisse finalement prendre la place de l’ancien.
Pour faire un parallèle avec la voiture électrique, Carlos Ghosn, actuel PDG de Renault, qui a bien compris les enjeux de ce nouveau "paradigm shift" dans les moyens de transport des particuliers, est entrain de nous préparer une surprise du type "calèche à moteur". Et les Régions de France qui auront fait la même analyse, sont certainement entrain de revoir leurs plans d’aménagement des infrastructures, leurs plans d’urbanisation et surtout, leurs besoins en capacité de production électrique en heure de pointe, afin de se préparer à la déferlante qui arrive sur nous.
Mais je vous l'accorde, il est aujourd’hui plus facile de projeter une articulation de la rupture de paradigme autour de l’automobile, plus d’un siècle s’étant écoulé depuis le bouleversement précédent, que de prévoir, par exemple, ce qui va sortir de la refonte du système financier mondial dont les dérapages et les trous abyssaux sont à la planète terre ce que les crottes de cheval étaient à la ville de New-York en 1890 : des "emmerdements" à ne plus en finir.
Une économie de dupe basée sur une…
Cela a
commencé avec la déclaration de non convertibilité du dollar en équivalent or, faite par le Président Nixon en 1971. Depuis cette date, les Etats-Unis avaient pris l’habitude de faire
marcher la planche à billet pour payer leurs importations, financer leurs investissements militaires ainsi que les différentes guerres qu’ils ont déclenchées et menées (Corée, Vietnam,
Golf) ; et surtout, pour satisfaire la demande croissante et massive de dollars que le monde entier réclamait afin de pouvoir acheter le pétrole des monarchies du golf, lequel n’était coté
qu’en dollar US.
La planète était inondée de "pétrodollars" et la devise américaine devenait la principale réserve des banques centrales de la plupart des pays, y compris dans les régimes communistes.
La règle était que pour ouvrir le marché américain au pétrole arabe et aux autres matières premières non énergétiques, il fallait que le pays exportateur adopte le dollar comme seule monnaie de transaction vis-à-vis des USA comme du reste du monde. Ce "deal", en vigueur depuis le début des années 70, a contribué à exporter l’inflation américaine en faisant supporter les déficits budgétaires abyssaux US au reste du monde grâce justement à la planche à billet.
" The American Dream", le programme Apollo, les aventures vietnamiennes, coréennes la bulle de l’Internet, tout ceci a été payé par une colossale création monétaire effectuée par la "Fédéral Reserve", à partir de rien. Des centaines de milliers de milliards de dollars imprimés et mis sur le marché à chaque fois que l’Etat Fédéral votait des dépenses en excès des impôts collectés.
L’argent coulait à flot et les américains achetaient tout à crédit y compris des biens de consommation courante. Ils pouvaient se les permettre car le monde entier produisait des biens et services, les exportait aux USA et recevait de la monnaie de singe en contrepartie. Monnaie de singe qui jouissait d’un crédit illimité tant qu’elle servait aux achats de matières premières et tant que les banques de Wall Street avaient la confiance des pays créditeurs des USA, de par leurs excédents commerciaux (Chine, Monarchies Pétrolières..).
Bien entendu ce marché de dupe ne pouvait pas durer et, vu les intérêts géostratégiques et économiques en jeu, les signaux annonciateurs de sa rupture furent eux-mêmes déclencheurs de graves crises financières et boursières dont l’intensité n’a fait qu’augmenter en puissance depuis l’éclatement de la bulle internet..
Crise de 1981
La première crise sérieuse éclata en 1981 lorsque l’once d’or atteint la valeur record de 2300 dollars à la bourse de New York. La monnaie américaine
allait s’effondrer entrainant avec elle l’économie US et mondiale.
Paul Volcker Chairman de la Réserve Fédérale de l’époque, réussit à stopper la mécanique infernale en portant le loyer de l’argent au taux de 21,5% jamais vu auparavant.
Cela a stoppé net la consommation des ménages comme les investissements et le monde entier entra dans une des plus sévères récessions économiques jamais connues jusque là.
Le crash de la bulle
"dot.com" en 2000
En Mars 2000, l’indice New-yorkais NASDAQ Composite, reflétant les activités hi-Tech et
Internet, atteint le pic de 5048 points, ayant en fait doublé sur les douze mois précédents.
Le tour de vis des années 80, donné par Paul Volcker pour juguler la surchauffe de l’économie, était oublié depuis longtemps et l’argent facile coulait à nouveau à flot. Les gourous de la finance considéraient que les valeurs de l’Internet, les fameuses "Dot.com", n’avaient pas besoin de gagner de l’argent pour pouvoir accéder au financement bancaire. C’était l’époque où une simple idée présentée par un petit génie de l’informatique suffisait à faire faire " des tours de table" de plusieurs centaines de millions de dollars rien que par téléphone !
Ces Dot.com éphémères s’appelaient "Boo.com", " e-Toyes.com", " e-Digital.com". D’autres Dot.com comme Google et Amazon réussirent à survivre au tsunami qui balaya d’un coup les "World Com" et autres "Global Crossing".
Dès la fin de 1999, la réserve Fédérale Américaine sentit le danger inflationniste revenir et Alan Greenspan, son gouverneur de l’époque, décida d’augmenter les taux d’intérêts (taux de refinancement des banques) portant le loyer de l’argent de 5 à 6,5% entre juin 99 et mai 2000.
Le résultat fût immédiat : Dégringolade du NASDAQ suivie du Dow Jones et
de toutes les bourses entraînant le monde entier dans une nouvelle crise économique, toute aussi grave que les précédentes. Entre mars et avril 2000, les bourses américaines avaient perdu plus de
5 000 milliards de dollars, sommes considérée colossale jusqu’à la crise de 2008/09 !
La crise financière de 2008/09 :
Le système financier mondial s'est à nouveau effondré en 2008/2009, parce qu'il avait été construit sur
l'hypothèse erronée qu'un groupe de banquiers, affranchis de tout contrôle des Etats souverains, pouvait générer une quantité infinie de crédit sans apport en capitaux propres, l’utilisant ad
vitam aeternam pour financer le développement économique de la planète et pour la dominer par la même occasion.
C’est le paradigme de l’économie de papier avec des richesses qui n’ont de valeur que les dettes qu’elles génèrent. Le jeu étant presque à somme nulle car le produit des intérêts, bien que n’étant pas au départ de la création monétaire, correspondrait à un pourcentage acceptable de "casse" ou de faillites d’entrepreneurs, et la boucle est bouclée.
Cela s'est avéré bien entendu impossible du fait de la titrisation des dettes, et une sévère correction mondiale, déclenchée par la crise des "Subprime" américains, est venue rappeler à ces apprentis sorciers que pour être pérenne, l’économie mondiale ne pouvait se satisfaire d’une création monétaire à partir de rien ni d’une création de "richesses" grâce à de simples clicks de souris d’ordinateur.
Le capitalisme a besoin de capitaux, ça n’a pas l’air comme ça, mais cette évidence n’est pas comprise par tout le monde. Il a besoin de capitaux générés par le travail et l’épargne et non pas générés par de simples jeux de hasard et de paris spéculatifs sur un casino virtuel.
Les centaines de milliers de milliards de prêts, d’instruments de dette complexes, d’opérations OTC hors bilan et de contrats sur produits dérivés, s’étaient empilés comme un château de cartes, à la base duquel se trouvait un petit morceau de Capital qui finit par s'effondrer sous le poids de l’énorme bulle spéculative.
En dix mois de temps (avril 2008 à Janvier 2009), les bourses mondiales avaient perdu 50% de leurs valeurs équivalent à 25 000 milliards de dollars ou à 14 fois le PIB français !
Aujourd'hui, si tout le monde s’accorde à dire que le système de titrisation des dettes ne peut pas et ne doit pas être restauré, il n’ya en revanche aucun consensus sur la manière de fonctionner dans le futur. D’aucuns suggèrent le remplacement du dollar comme monnaie de réserve mondiale, par un panier de monnaies des pays du G20, solution que ni les Etats-Unis ni la Grande Bretagne ne trouvent acceptable, tandis que d'autres militent pour l'instauration d'une monnaie supportée par une ou des matières premières.
Alors que faire ? Est-il possible de réformer ce système devenu fou ? Le nouveau paradigme de la finance mondiale sera-t-il Chinois ? Faut-il rendre le pouvoir de création monétaire régalien de nouveau ?
Faute de pouvoir répondre à ces questions, une chose parait certaine aujourd’hui : Le monde financier refuse d’accepter le changement et continue à vouloir plâtrer un système bancaire zombi, prenant le risque de provoquer un déchirement brutal et douloureux du paradigme de l'économie de papier.
Bérosus
18 octobre 2009
Alors, on critique les autres ?
"êtres imperméables aux innovations de rupture lorsque celles-ci venaient à bousculer les schémas de pensée existants, et qu’il fallait le brin de génie visionnaire...".
Juste que les solutions proposées s’inscrivent dans le conservatisme critiqué dans l’article.
Cela fait des dizaines d’années que j’entend que la solution est le protectionnisme.
Et même cerise sur le gâteau, une révolution, voire, Oh oui, une bonne guerre.
Où est la rupture dans le schéma de pensée.
Mais on reste sur sa faim.
A la question légitime 'que faire ?', la réponse est plutôt légère : "faute de pouvoir répondre ...".
Un magnifique raisonnement qui ne débouche sur aucune proposition.
C'est dommage pour deux articles qui traitent de l'impérieuse nécéssité d'innovation.
Salut Paul.
J’ai transmis le commentaire à Bérosus, et voici sa réponse :
" Il n’ya pas de solution technique possible car les dès sont pipés. Les bourses mondiales comme les cours des matières premières sont manipulés électroniquement de manière à empêcher toute dégringolade non voulue. Toutes les petites gens qui ont mis leur épargne dans la bourse, risquent d’y laisser leurs chemises car le dollar est surcoté d’au moins 50% et la seule chose qui l’empêche de chuter du jour au lendemain c’est l’actuelle course effrénée de la Réserve Fédérale Américaine qui rachète le billet vert en émettant des bons du trésor en dollar tout aussi pourri !
A l’échelle de la France ou de l’Europe, une des solutions que Frenchy a déjà préconisée, consisterai en une forte taxation des produits finis importés pour tenir compte du différentiel de protection sociale et de coût de la fonction publique, entre les pays producteurs et les pays consommateurs. C’est la seule solution viable pour que le marché retourne à l’équilibre.
Autrement, ce sera la guerre civile et/ou la guerre tout court."
Bérosus
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