Je vous ai déjà présenté mon amie Humalotrip la Martienne, parachutée sur terre pour étudier les mœurs des
Gaulois et surtout de ceux du 9-3 avec leurs député godillot; mon ami SOLySOMBRA qui déteste les nouveaux amis de Nicolas Sarkozy, surtout ceux à qui il va falloir un jour renvoyer
l’ascenseur; aujourd’hui, je vous présente mon ami Bérosus, venu tout droit de sa Chaldée natale, pour nous parler de rupture de paradigme.
Tout en n’étant qu’un prêtre du dieu Baal, mort depuis plus de 2300 ans, il a tout de même l’impertinence de revenir nous narguer avec sa théorie établissant un lien logique entre Thomas Kuhne, René Descartes, Spinoza, Carl Benz, Henri Ford, Carlos Ghosn, Alan Greenspan et le NASDAQ.
Articulé en deux parties, son article est à lire absolument car il vaut son pesant de crottes de cheval ! (Frenchy)
Thomas Kuhn, l’inventeur du concept de "paradigm shift", avait formulé l’hypothèse selon laquelle chacun de nous développait sa propre perception de la façon dont le monde extérieur fonctionnait, et l’intégrait comme réalité objective dans son périmètre de conscience.
Il donna à cette réalité observée le nom de "paradigme" impliquant ainsi qu’il pouvait y avoir autant de paradigmes que d’individus ou de sociétés d’individus, et que la croyance dans l’intégrité et dans la pérennité de ces paradigmes était tellement ancrée dans nos esprits, qu’aucune observation éventuellement contradictoire, aussi évidente puisse-t-elle être, ne pouvait la perturber ; car bien souvent nous préférons attribuer ces signaux "négatifs" à des erreurs d’observation ou d’interprétation plutôt que d’accepter qu’ils remettent en cause une réalité rassurante, confortable et profondément ancrée au fond de nous-mêmes.
Mais voilà que les anomalies d’observation en devenant nombreuses et insistantes, pouvaient annoncer l’avènement d’un bouleversement de nos habitudes et de nos repères, nous forçant à reconnaitre cette nouvelle réalité qui s’impose à nous.
C’est le paradigm shift de Thomas Kuhn. Un moment particulier dans la vie des sociétés humaines où deux réalités s’enchevêtrent pendant un certain laps de temps durant lequel les anciens repères sont décriés ou abandonnés, tandis que les nouveaux ne sont pas encore reconnus, compris ou adoptés ; un moment de flottement souvent annonciateur de grands changements socio-économiques dont on ne pourra apprécier le point de rupture historique que bien plus tard, une fois réalisée la pleine dimension de ce qui nous est tombé dessus.
En 1641 René Descartes soutenait dans son discours sur la méthode que les idées qui nous viennent à l’esprit ne seront acceptées qu’une fois que nous les ayons évaluées comme étant vraies. Quarante ans plus tard, Spinoza disait le contraire en affirmant que croire en un phénomène et le comprendre sont deux actions que le cerveau humain réalise en même temps et que notre système de croyance intervient souvent bien avant notre esprit critique. Le premier agissant de façon presque instinctive quand le deuxième est un acte volontaire et de pure conscience.
Il semble que la théorie de Thomas Kuhn donna raison à Spinoza contre Descartes car le plus souvent nous croyons dur comme fer en des fables, uniquement parce qu’elles flattent notre affectif ou nos instincts, ignorant ainsi et de façon plus ou moins inconsciente, l’évidence de la réalité qui nous entoure et ce, jusqu’à ce qu’elle nous envahisse nous forçant à la reconnaître.
En matière de comportement humain, le "démon de midi" déclenché par la peur de vieillir aux alentours de la cinquantaine, constitue bien un cas concret de rupture de paradigme. L’exemple est certes caricatural, mais il illustre bien l’attitude de refus de la réalité nouvelle (vieillissement) pour ne garder en tête que celle qui est confortable (jeunesse), refus pouvant entrainer de graves conséquences pour la cellule familiale.
Voici un autre exemple de rupture de paradigme, tiré de faits réels.
Améliorer le ramassage des crottes ou encourager la production et la vente de calèches-à-moteur ?
A la fin du 19ème siècle, la ville de New York croulait littéralement sous les dizaines de milliers de tonnes de détritus et excréments de chevaux générés tous les jours par les animaux qui servaient de moyen de transport aux humains comme aux marchandises. Débordée par l’ampleur du phénomène, la municipalité de la ville n’arrivait plus à assurer ni le ramassage régulier de ces déchets ni leurs traitement. Les élus comme les fonctionnaires passaient leur temps en querelles futiles, se rejetant, les uns sur les autres, les défaillances de gestion de ce flux incessant de détritus, pendant que la ville, de plus en plus répugnante à vivre au quotidien, était envahie par un amoncellement de déchets de toutes sortes, de rats et d’insectes nuisibles.
Pour faire face à ce problème, les solutions envisagées étaient toutes inspirées par le modèle économique existant : Augmenter les taxes afin d’accélérer et d’améliorer le ramassage des crottes. Le ramassage quotidien étant insuffisant, il fallait organiser deux à trois tournées par quartier et par jour, d’où la demande de budgets supplémentaires.
Il fallait être visionnaire pour s’apercevoir de l’arrivé du nouveau paradigme "calèche-à-moteur", d’en défendre l’idée et le projet contre la volonté et les croyances de la grande majorité des citoyens de l’époque et de soutenir que la solution viable n’était pas de ramasser les crottes mais d’encourager la conception, la réalisation et la vente de véhicules automobiles dont la production en série avait déjà commencé en Europe (Allemagne) avec les Motorwagen de Carl Benz qui venait d’inventer le moteur diésel à quatre temps.
D’un côté, nous avions du crottin de cheval qui encombrait et salissait les rues de la ville, des élus locaux
qui cherchaient à améliorer le modèle économique du transport urbain, multipliant les projets certainement "innovants" pour l’époque, de ramassage et de nettoyage des rues, et de l’autre, des
signaux de plus en plus forts annonçant une rupture de paradigme avec l’avènement de l’automobile dont on ne voyait toujours pas ni l’utilité immédiate ni l’importance.
Et comme pour toutes les innovations dites "de rupture", les premières voitures apparues timidement dans les rues, ont tout de suite fait l’objet de moqueries et de railleries populaires comme le montrent les nombreuses caricatures publiées dans les magazines de l’époque.
Il fallait attendre 1908 avant de voir arriver les premières voitures en production de masse, sorties des
usines Henri Ford, un grand visionnaire qui eu l’idée de génie de fabriquer et de vendre à tous les américains, une calèche-à-moteur économique et de couleur noire. C’était le
T-Model et elle ne faisait pas de crottes !
(Lire la suite dans : Paradigm Shift (2) )
Bérosus
18 octobre 2009
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