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La compréhension sert-elle à manipuler et anéantir ou au contraire à favoriser l'émergence d'une intelligence collective ?
Tout d'abord posons-nous la question : Pourquoi sommes-nous intelligents ? Quelles sont les moteurs qui nous poussent à vouloir apprendre ? A surmonter les obstacles ? Qu'est-ce qui nous donne envie de toujours vouloir rattraper l'horizon lointain?
Il me semble que c'est pour les mêmes raisons pour lesquelles nous parlons, nous rions, ou que nous aimons ou mangeons. En d'autres termes, si nous sommes si curieux, c'est bien parce que chacun de nous est un animal créatif intelligent et peut être un peu cabot, qui ne peut s'empêcher de vouloir dépasser ses propres limites, ni de rechercher le reflet de son image, dans le regard des autres.
De même que nous respirons parce que nous ne pouvons nous empêcher de respirer, Il nous faut sans cesse repousser les limites du savoir humain pour la simple et bonne raison que chaque nouvelle découverte entraine mille nouvelles questions pour lesquelles il faut chercher mille nouvelles réponses, déclenchant mille nouvelles étoiles devant nos yeux ébahis.
En ce sens, le besoin de "compréhension" est une sensation permanente de soif jamais assouvie, jamais étanchée, toujours à la recherche de l'explication dont a besoin notre cerveau pour arrêter de raisonner en boucle. Car nous les Homo-sapiens-sapiens nous ne pouvons trouver une relative et provisoire tranquillité d'esprit qu'après avoir compris et maitrisé notre environnement immédiat.
S’il est admis que nul n’a besoin de comprendre pour connaître, en revanche, le savoir ne nait que par la compréhension et, n’en déplaise aux adeptes d’une épistémologie de la foi, les dogmes religieux relèvent tout au plus de la connaissance et certainement pas du savoir humain dont les fondements, s'appuyant justement sur l'absence de certitudes, font appel à la raison cartésienne et à la morale philosophique qui nous incitent à vérifier avant de comprendre et d’accepter, de comprendre sans nous indigner, et de douter, même dans les moments où nous pensons avoir compris.
Tel un engrenage sans fin, le cycle perpétuel de la compréhension passe de l'information à la connaissance, au savoir et à l'anticipation pour revenir comme par magie vers son état initial; et contrairement à ce que vous pensez, c'est le temps (de notre dimension) qui enferme notre compréhension dans un système de début et de fin, donnant l'impression que l'escalier est une illusion d'optique alors que c'est l'inverse. De même que dans ce dessin il n'existe pas de marche plus haute que toutes les autres, le savoir d'un jour devient anticipation pour le lendemain et information pour le jour d'après. C'est bien là la preuve, l'illusion du temps mise à part, que l'univers n'a ni début ni fin.
Mais comprendre, n'est ce pas être en mesure d'anéantir ?
Regardez et lisez en vous, ne voyez-vous pas que comprendre c’est détruire ? Comprendre la stratégie de
l’adversaire c’est lui prendre ses parts de marché et le mettre hors business de la même façon qu’une armée médiévale mettait en pièce son ennemi après avoir compris sa stratégie de défense comme
d’attaque. Comprendre l’adversaire c’est le rendre vulnérable et en cas de guerre qu’elle soit économique ou militaire, un adversaire vulnérable est un adversaire anéanti ou sur le point de
l’être.
C'est le stade primaire de la compréhension, le stade le plus répandu parmi les humains, et le plus facile car il fait plus appel à l'instinct plutôt qu'à l'intelligence. Il part du principe que le gâteau, qu'importe sa taille, ne peut être partagé équitablement car les morceaux seraient trop petits (pour nous), et dans ce cas il faut utiliser la ruse, la force, la déception, l'intimidation, la tromperie et tous les moyens susceptibles d'anéantir l'autre pour lui prendre sa part, et de ce fait, agrandir la notre.
La fin devant justifier les moyens, comme le suggérait Nicolas Machiavel: "Contente-toi d'obtenir d'un homme son arme, sans lui dire que c'est pour le tuer avec. Une fois l'arme dans ta main, tu pourras satisfaire ton envie." (discours sur la première décade de Tite-Live)
Un ancien militaire Chinois, ayant vécu du temps d'Aesop le philosophe esclave, avait aussi écrit sur l'art de faire la guerre utilisant la ruse et la tromperie, incitant ses disciples à mieux comprendre leurs ennemis pour mieux les anéantir, et comme un fait révélateur de la fascination que ce principe destructeur exerce sur l'homme, Sun Tzu est de nos jours plus connu et plus lu qu'Aesop dont la devise était pourtant l'intelligence du partage et de l'union qui fait la force.
Henri Bergson (Prix Nobel de littérature en 1923) dissertant sur les causes de la guerre, disait que le désir venait en premier, la doctrine après. Lui aussi est semble-t-il jeté aux oubliettes
par une intelligentsia française assoiffée de compréhension destructrice et clonée à l'infini avec ce qui caractérise son identité (nationale) : bêtise et inculture.
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Frenchy
Le 24 février 2010
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