Dimanche 22 novembre 2009 7 22 /11 /2009 22:52

Le 20 novembre 2006, Eric Le Boucher écrivait dans les colonnes du journal Le Monde :

" L’économie française s’est arrêtée au troisième trimestre : croissance zéro. Mais comme le deuxième trimestre avait été extraordinaire (le gouvernement s’était précipité cet été pour s’en attribuer le mérite), au total la tendance reste celle d’une expansion d’environ 2 % sur l’année 2006. Ce n’est pas glorieux, loin de là, ce n’est pas non plus catastrophique (1,2 % en 2005). Mais cette médiocrité cache un mal grave et profond.

 

La France est repassée sous la moyenne européenne. Elle fait, en particulier, moins bien que sa grande sœur germanique pour la première fois depuis 1994. Or, sa relativement féconde démographie devrait lui donner une croissance supérieure. Il y a quelque chose qui cloche...

 

Ce quelque chose, c’est l’industrie. La France est en train de perdre pied en matière industrielle, régulièrement, insidieusement, sans que personne ne s’en alarme en haut lieu". La suite (link).

 

Depuis cet article, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, la crise financière et économique "du siècle" est passée par là et la réponse du Gouvernement  Français, comme celles des gouvernements des autres pays occidentaux, a consisté essentiellement en une injection massive d’argent public dans les banques, pour leur éviter la faillite. Les problèmes grave que connaissait l’industrie française ont, du coup, été relégués au second plan, le temps pour les pouvoirs publics d’éteindre le feu de la maison finances. Sauf que maintenant c’est au tour de la maison industrie de brûler à grand feu et, à en croire certains spécialistes, le feu ne serait  plus maîtrisable :

 

Une inexorable perte de compétitivité depuis une quinzaine d’années…,

 

Selon le magazine électronique "Conjoncture", la dégradation de la compétitivité de l’industrie française aurait entraîné la perte ou la non création, au cours des dix dernières années, de plus de 720 000 emplois (estimation faite par le cabinet Mc Kinzey), du fait d’une érosion des gains de productivité, amorcée en 1995 et qui s’est accélérée depuis 2000.

 

Toujours selon la même source, ce sont en particulier les PME, qui sont d’habitude le secteur le plus créateur d’emplois, comme on le voit partout dans le monde, qui manquent de dynamisme. Résultat : la part de marché à l’exportation des seuls produits manufacturés a diminué en France de 16% entre 1995 et 2004. Pendant ce temps, la part de marché des autres pays exportateurs diminuait moins ou augmentait : - 8% aux Etats-Unis, - 5% en Allemagne (trois fois moins de recul qu’en France), + 25% en Russie, + 53% en Inde, + 152% en Chine.

 

Les conclusions sont accablantes :

 

1-     Nous ne sommes manifestement pas dans la course de la nouvelle mondialisation.

2-     La crise financière et économique de 2008/2009 a joué un rôle catalyseur en précipitant la chute d’une production industrielle française déjà mal en point.

Preuve en est donnée par la rapide chute de la courbe de production industrielle française en 2008, comparée à celle constatée durant les quinze premiers mois de la crise de 1929. Chute révélatrice d’un malaise industriel bien antérieur à la récente crise financière.

 

Alors qu’en 1929, la production industrielle est restée stable jusqu’au quinzième mois de crise, aux environs d’août/septembre 1930 ; en 2008 c’est le contraire qui s’est passé puisque la chute fut brutale dès le mois d’avril (début de crise) entrainant en seulement 15 mois, plus de 18 points de perte, l’équivalent à 3 points de PIB Français.

 

La même analyse des courbes de la production industrielle mondiale fait apparaitre une évolution similaire en tous points entre 1929 et 2008. Ce qui in fine confirme bien l’inquiétant décrochage de l’industrie française par rapport aux autres pays :

 

Plus de 100.000 emplois industriels ont été perdus au cours du 1er semestre 2009 !

 

Entrainant une importante baisse de parts de marché à l’intérieur comme à l’export.

 

La France attire moins bien les capitaux extérieurs que ne le font nos concurrents sur les marchés mondiaux. Le rapport du forum économique de Davos "Global Competitiveness Report" de 2006/2007 (link) souligne la perte d’attractivité de la France indiquant qu’en seulement une année, le pays a régressé de six places, passant de la 12° à la 18°. La Suisse est en tête de ce classement, elle est suivie de la Finlande et on y retrouve également le Royaume Uni à la dixième place, ainsi que l’Allemagne, le Danemark, et même l’Islande et Israël qui font mieux que nous. 

 

Par ailleurs et comme le souligne avec justesse Eric Le Boucher, la balance commerciale française se dégrade de plus en plus indiquant que le pays n’était plus capable de produire autant qu’il consomme, important ainsi le travail des autres. Le commerce extérieur français est redevenu déficitaire en 2004, et le trou ne cesse de se creuser depuis. Ceci est confirmé par le rapport alarmant de Davos.

Pour le seul mois d’août 2009 (selon le rapport Davos), le déficit du commerce extérieur a atteint le chiffre record de 3,5 milliards d’euros, tandis que sur les douze derniers mois, il sera le plus élevé de toute notre histoire atteignant presque les 28 milliards d’euros. Non seulement les importations progressent très vite, sous l’impact de la hausse de la consommation, mais encore nos exportations se sont repliées. En particulier, les exportations industrielles ont reculé de près d’1milliard d’euros et cela touche presque tous les secteurs industriels.

 

En dix ans, nous avons perdu 1 point de parts de marché sur les exportations mondiales, passant de 6,1% à 5,1%.

 

En corolaire a cela, nous explique l’excellent billet de Raymond Bonnaterre (link), et sur la période qui va de 1997 à 2008, l’industrie française perdait chaque année 100 millions d’heures de travail totalisant ainsi une perte globale d’emplois industriels de 20% équivalente à 1,2 milliards d’heures.

 

D’après Raymond Bonnaterre, les statistiques indiquent une décroissance monotone de l'emploi industriel en France et ce, depuis onze ans montrant ainsi que pour chaque année, les gains de productivité et les suppressions de postes de travail dépassent systématiquement les apports de postes nouveaux créés pour surcroît ou création d'activité.

 

L’auteur impute ce déclin à, je cite : "la décision justifiée et délibérée des responsables économiques et industriels d'investir ailleurs qu'en France "

 

Alors que faire ?

 

Comme tout le monde le sait, le Président de la République a annoncé le 3 septembre les Etats Généraux de l'Industrie, dont l'objectif est de définir la nouvelle politique industrielle de la France. Il a également chargé Christian Estrosi, ministre chargé de l’industrie, d’organiser dès le mois d’octobre 2009, une grande concertation nationale et régionale devant diagnostiquer et identifier les enjeux, pour ensuite faire des propositions d’actions.

 

Chaque citoyenne et citoyen est invité à donner son avis, diagnostic et recommandations, sur un site internet prévu à cet effet.

 

Voici mon avis et mes recommandations:

 

Constat :

 

1-      D’une façon globale, l’industrie française est de moins en moins compétitive sur le marché français comme sur les marchés mondiaux ; cette perte de compétitivité est constatée aussi bien vis-à-vis des dragons asiatiques, que des concurrents traditionnels des pays développés,

 

2-      La crise financière et économique de 2008/2009 n’a fait qu’accélérer le mouvement du déclin industriel français. Ce qui implique que la sortie de crise ne va pas nécessairement entrainer une reprise économique du secteur industriel. C’est même le contraire qui est à craindre car la crise sert actuellement de justification opportune lors des transferts d’activités vers d’autres pays suivis de "dégraissages" en France,

 

3-      Avec le déclin de son industrie, la France n’est plus capable de produire ce qu’elle consomme, elle doit donc importer massivement des "heures de travail" moins bien payées et dont les acteurs sont socialement moins bien protégés qu’en France, au risque de déstabiliser son propre modèle socio-économique basé sur une protection sociale et une charge de redistribution reposant uniquement sur la production, surtout celle à forte main d’œuvre.

 

 

 Remèdes :

 

1-       Transférer sur la consommation, les prélèvements sociaux patronaux et salariaux qui pèsent actuellement sur la production. L’opération de transfert devant être neutre pour le consommateur mais pas pour le producteur qui gagnera en marge, la proportion de la contribution assise sur la consommation de produits importés,

 

2-       Instaurer une taxe carbone sur les produits importés ; cette taxe sera d’autant plus importante que le produit concerné viendra de loin,

 

3-       A l’instar de la loi anti-trust américaine sur les regroupements bancaires, Interdire la concentration de centrales d’achat au-delà des frontières d’une région administrative.

 

4-       Revoir le statut de chef d’entreprise pour le rendre moins lourd à porter et moins risqué, en matière de responsabilité financière, civile et pénale. Supprimer le cautionnement solidaire sur ses biens propres et supprimer sa notation incriminante par la Banque de France.

 

Frenchy

22 novembre 2009

 

 

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Commentaires

Blogs are so informative where we get lots of information on any topic. Nice job keep it up!!
Commentaire n°1 posté par dissertation le 04/01/2010 à 09h03

Thanks to you John, being an enthusiastic reader.

Frenchy
Réponse de FRENCHY le 26/02/2010 à 09h24

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