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Dans " Du contrat social ", Jean-Jacques Rousseau (1755) établit qu’une bonne organisation sociale repose sur un pacte garantissant
l’égalité et la liberté entre l’ensemble des citoyens, exigeant que chacun d’eux renonce à sa liberté naturelle pour gagner une liberté civile. Pour le courant philosophique humaniste d’avant
1789 l’idée révolutionnaire était la définition même et pour la première fois, du rôle de l’autorité centrale en matière de protection des citoyens, de leurs droits et biens, afin que ces
derniers puissent en contrepartie, renoncer à certaines de leurs libertés naturelles non compatibles avec la vie en communauté.
En ce sens, l’État détenteur du pouvoir exécutif et de la force publique ne doit les utiliser que dans l’intérêt général, autrement la démocratie devient oligarchie ou pire encore, une dictature maintenue par la force, et la souveraineté populaire n’étant plus qu’une farce, son rétablissement justifie l’acte de se révolter contre le pouvoir central même s’il était démocratiquement élu. La révolte devient un devoir pour chaque citoyen signataire du pacte social.
L’État détenteur du pouvoir exécutif et de la force publique, ne doit les utiliser que dans l’intérêt général..,
Le philosophe anglais John Locke (1632-1704) écrivait à propos des sociétés primitives, que les hommes ont formé des sociétés non pas pour échapper au cannibalisme, mais plutôt pour garantir et protéger en groupe leurs droits naturels à la propriété, aux libertés individuelles et à la légitime défense. En ce sens que la première raison d’être des sociétés humaines fût de devoir organiser la défense de ces droits. Il en conclut tout naturellement que le souverain n'étant donc pas le sauveur de la nation mais son législateur et son magistrat, s'il viole les droits de l’homme, il aura agit contrairement à l’esprit de sa mission et au principe de son mandat, rendant ainsi légitime toute insurrection contre lui.
On voit bien là la différence d’approche entre les théoriciens Anglais et Français ayant influencé l’évolution de leurs régimes politiques respectifs. Les premiers avaient déjà redéfini l’étendu du pouvoir du souverain quand les deuxièmes n’était encore qu’à l’étape de définition d’un pacte social.
En revanche, les deux systèmes de pensée moteurs du développement des régimes démocratiques en Europe, se rejoignent en fixant les mêmes frontières séparant les démocraties des oligarchies/dictatures : l’utilisation du pouvoir et de la police dans l’intérêt général ou dans celui particulier et ce, peu importe le mode d’attribution du pouvoir exécutif; ainsi que la séparation des pouvoirs si chère à Montesquieu, véritable garant des libertés civiles et de l’équité entre citoyens.
La séparation des pouvoirs a été théorisée par John Locke et Charles-Louis de Secondat baron de Montesquieu (1755-1824). Cependant c’est bien la classification de Montesquieu dans L'Esprit des Lois, qui inspirera l'article 16 de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen du 26 août 1789, appelée Trias Politica :
· Le pouvoir législatif, confié au législateur réunit en parlement, à savoir en France, l'Assemblée Nationale et le Sénat ;
· Le pouvoir exécutif, confié à un Président (régime présidentiel) qui nomme des ministres, ou à un chef de la majorité parlementaire qui devient Premier ministre;
· Le pouvoir judiciaire, confié aux juges et magistrats.
Car dans le cas contraire, la révolte devient un devoir pour chaque citoyen signataire du pacte social
Le pacte social est rompu lorsqu’il ya des conflits d’intérêt et un manque de barrières éthiques dans la conduite des affaires politiques et sociales du pays, lorsqu’il y a une confusion entre les pouvoirs entrainant une dépendance de l’un vis-à-vis de l’autre, et lorsque la sanction du vote, n’étant plus efficace ou effective, ne dissuade plus les élus à oublier leurs promesses de campagnes.
· Les chefs de partis politiques, opposés les uns aux autres en apparence, se retrouvent dans des associations et cercles de réflexion aux listes tenues secrètes, pour se partager les pouvoirs, les fonctions et les honneurs, s’attribuer les privilèges corporatistes et parfois immoraux, tout en s’auto-immunisant de leurs actes passés et futurs par des lois d’amnistie,
· La séparation des pouvoirs devient une simple façade derrière laquelle de petits services sont rendus en menu fretin et en contrepartie d’autres services mêlant la vie privée à la vie publique. Ainsi aux banques on réserve le droit régalien de création monétaire en contrepartie de quoi de puissants empires industriels et commerciaux " amis" puissent financer leur expansion et, à leur tour, financer les partis politiques ; ainsi on aliène la Justice de Robe à la magistrature de Parquet elle-même issue du pouvoir exécutif..,
· Les élus ne respectent pas le programme sur lequel ils ont obtenu le vote majoritaire et s’érigent en castes de privilégiés dont l’objectif primordial devient la préservation des places conquises par tous les moyens y compris de non droit.
Le pacte social ainsi rompu, la révolte devient d’autant plus un devoir citoyen que les élections démocratiques se succédant les unes autres ne permettent plus l’expression de la volonté du peuple du fait même du jeu des appareils (partis politiques)qui dénature l’expression souveraine. La révolte peut dans ce cas s’exprimer comme le font les mouvements populaires qui secouent en ce moment le monde arabo-musulmans, ou encore à la manière des mouvements de désobéissance civiles et pacifiques dont nous avons quelques exemples historiques.
A l’époque moderne, la notion de Désobéissance Civile a été évoquée pour la première fois par le politologue et professeur américain Henry David Thoreau qui s’était prononcé contre l’esclavage et la guerre américano-mexicaine prônant la désobéissance aux autorités. En 1848, il avait affirmé dans un discours public portant sur " Les droits et devoirs de l'individu par rapport au gouvernement ", que les gens avaient le devoir d’écouter leurs consciences et de s’opposer aux décisions de leur gouvernement afin de ne pas se transformer en agent de ses injustices.
Enfin le grand homme d’État théoricien de la lutte pacifique était le Mahatma Gandhi (1869-1948) qui le premier avait crée un mouvement politique nationaliste utilisant la désobéissance civique contre l’occupation des Indes par le Royaume Uni. Autrement et avant Gandhi, les révolutions n’étaient concevables que par la violence.
Pour conclure, il me parait important de souligner que bien que la révolte contre un régime politique, gagne sa légitimité en étant collective, la décision même de se révolter reste bien individuelle et doit se prendre en son âme et conscience, comme nous le rappelle si bien le tragédien Sophocle (495-406 Av. J-C), par la bouche d’Antigone qui choisit d’obéir à sa conscience plutôt qu’aux lois humaines, lorsque celles-ci lui paraissaient injustes.
Frenchy
12 mars 2011
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Je trouve votre article trés intéressant. J'ai 24 ans et je trouve qu'aujourd'hui, plus qu'à n'importe quelle époque nous, les peuples, les gens, les être humains que nous sommes, devrions nous rappeler ce devoir envers nos descendant et nos ancêtre.
Il me serait intéressant de connaître votre point de vue concernant un mangas traîtant de ce sujet et dont le nom: "Akumetsu", signifie "éradication du mal" en japonais.
Si vous vous décidé à le lire, je vous prie de bien vouloir voir au-delà de la violence de ce mangas (car il en comprte un bon lot) et de comprendre les significations des actes qui y sont dessiné.
Merci encore pour votre article, il me donne beaucoup à penser.
Bonjour Humbaba et merci pour vos compliments. je ne connais absolument pas la culture japonaise et l'univers des Manga.
Ma fille s'y intéresse et elle connais sans doute le concept dont vous parlez. Je lui demanderais donc de me briffer et je reviendrais vers vous peut-être, pour un article traitant du sujet signé par vous, à publier.
Je suis content que mes diatribes vous donne à réfléchir car c'est bien ce but que je poursuis depuis la création du blog, apporter de la nourriture intellectuelle et des points de repères historiques, pour celles et ceux qui veulent exercer et développer leur esprit critique.
A bientôt,
Je vois que nous avons les mêmes lectures, et des bonnes ! J'ajouterai un petit livre de SARTRE paru juste après 68, ON A TOUJOURS RAISON DE SE REVOLTER, cela n'a pas vieilli d'une ride...Bravo pour votre blog, je vois que tous les articles sont des originaux, c'était un peu l'idée de DANACTU au début, mais cela demande trop de temps quand on veut faire un site au quotidien, donc je n'en écris que 2 ou 3 (critiques livres et dvd) chaque semaine...Bon courage pour la suite et pour le taquinage de poisson !!
Merci Dan29000. Vous êtes chez vous sur ce blog, revenez quand vous voulez et n'hésitez pas à vous inspirer de mes articles voir même à les publier sur votre blog, ils sont libres de droits.
"...
Pour conclure, il me parait important de souligner que bien que la révolte contre un régime politique, gagne sa légitimité en étant collective, la décision même de se révolter reste bien individuelle et doit se prendre en son âme et conscience, comme nous le rappelle si bien le tragédien Sophocle (495-406 Av. J-C), par la bouche d’Antigone qui choisit d’obéir à sa conscience plutôt qu’aux lois humaines, lorsque celles-ci lui paraissaient injustes. "....
c'est tout ce que l'on peut faire ; "obéir à sa conscience lorsque tout devient injuste. Je suis d'accord - " reposons en paix !"
Bonsoir Claudine. J'ai trouvé par ce bais, un moyen de faire un clein d'oeil au courage féminin