Mardi 25 janvier 2011 2 25 /01 /Jan /2011 18:13

Ben-Ali-degage---2.jpgLa puissance des révolutions populaires ne réside pas dans les principes qu’elles cherchent à faire admettre et à  propager, ni dans les institutions à fonder, le peuple qui se révolte se souciant fort peu des institutions et encore moins des doctrines. Non ce qui donne de la puissance à son mouvement, cette déroutante instantanéité de raz de marée observée aussi bien durant l’actuelle révolution tunisienne comme durant la révolution de 1789 en France, c’est une croyance forte et soudaine  en un destin commun,  partagée par le grand nombre et dictant le comportement de tout un chacun de manière non ou peu concertée. Cette croyance forte est le résultat de l’émergence d’une Conscience Collective  en réaction à et en exclusion de tout un système corrompu et despotique dont la faiblesse majeure comme l’avait suggéré Montesquieu en 1750, venait d’un excès d’utilisation de son principe directeur : la peur.

 

Ce qui a poussé la société française de 1789 dans le chaos, l’explosion inouïe de la violence, dans les assassinats, l’horreur d’une abominable guerre civile, et qui lui a permis aussi, par la suite, de se défendre victorieusement contre toute une Europe monarchique revancharde et en armes, ce n’était certainement pas un nouveau système de gouvernement ni une quelconque  croyance romantique dans une société égalitaire, mais plutôt une croyance forte dans la différence entre "eux et nous", dans l’appartenance à deux mondes bien distincts entre les "have" et les "have not". Cette réalisation constitua le premier ciment d’une conscience collective si forte et si évidente que pour que tous les antagonistes puissent la reconnaitre, il fallait en déchirer le voile dans une explosion sanguinaire et dévastatrice.

 

De la même manière qu’une prise de conscience individuelle se construit sur une perception de la différence entre le "ça" et le "moi", la conscience collective s’auto découvre en réalisant la différence entre le "eux" et le "nous" et réagit de façon plus ou moins brutale selon que cette auto-découverte fut soudaine ou progressive. Par ailleurs, toutes considérations religieuses et morales mises à part, comme le propre même d’une conscience est d’appréhender et d’interagir avec son environnement sur un périmètre (appelé périmètre de conscience) dont l’envergure est proportionnelle au foisonnement et à l’intensité d’utilisation des outils d’échange (observation/communication), il ne manquait plus à la Tunisie de 2010 que la généralisation d’utilisation des outils de communication de l’Internet et des réseaux sociaux, pour que cette conscience collective réagisse et enterre le régime despote en moins d’un mois.

 

D’aucun diront " Mais, c’est une révolution de palais ! Preuve en est le pronunciamiento de l’armée sans lequel ce mouvement ne serait qu’une révolte de plus que le régime en place pouvait très facilement mâter ! " Ceux qui diront cela sont ceux-là mêmes qui justifient le maintien aux commandes des cadres de l’ancien régime sous le prétexte fallacieux d’éviter le vide du pouvoir, ceux-là mêmes qui se disent indispensables "Sans moi le chaos !" comme si le monde allait s’arrêter de tourner en leur absence, ceux-là mêmes qui sous des dehors respectueux de la démocratie, cachent une volonté farouche de restauration de l’ancien régime !

 

Peuple tunisien ta liberté tu l’as obtenue au prix de tes souffrances et de tes privations, au prix du sang que tu as versé, à celui de l’immolation de tes héros, non pas grâce à une quelconque bienveillance de l’armée ou de ses chefs. Peuple tunisien ne tombe pas dans le piège grossier tendu par ceux qui il ya trois mois, étaient encore entrain de courtiser le roitelet dictateur et de bénéficier de ses largesses.

 

Peuple tunisien rappelles-toi qu’à plusieurs reprises l’Histoire nous a enseignés combien une conscience collective populaire, cimentée d’une croyance forte dans la justesse de sa cause et dans sa légitimité, combien peut-elle être irrésistible et Invincible face à l’adversité. En 450 AP. J-C, Rome elle-même dut s'incliner devant une poignée de barbares menés par Attila le Hun, en 711 AP. J-C, une armée composée de nomades incultes conquit l’Espagne des Wisigoths, galvanisée et soudée par un chef visionnaire qui prononça cette phrase restée célèbre " Nous sommes dos à la mer et l’ennemi est devant nous, il ne nous reste plus qu’à  vaincre ou mourir !", en 1934, la "Longue Marche" consacra la conscience collective révolutionnaire des chinois continentaux sous la direction de leur guide Mao ZEDONG.

 

Pour tous ces peuples qui se sont révoltés, se sont battus et qui ont vaincus, une seule et même sensation les a transcendés : la conscience d’appartenir à quelque chose de plus grand que la somme de toutes leurs volontés, la certitude d'écrire l’Histoire au lieu de la subir et l’ivresse d’un accomplissement du soi collectif et puissant face à l’adversité.  

 

Frenchy

25 janvier 2011

Ecrire un commentaire
Voir les 1 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

Un passionné meneur d'homme vient d'écrire ce texte. C'est toute la puissance de chacune de nos souffrances qui permettre de vivre ce billet. C'est ce côté révolté intelligent, réfléchi, qui veut vivre, pas révolutionnaire, cette âme aux fins fonds de nos tripes qui nous fait vibrer, qui nous fait prendre chaque jour davantage conscience, que rien ni personne n'a droit et pouvoir de gérer nos vies,  si ce n'est nous mêmes. Il n'y a pas de félicitations là à donner mais un simple remerciement frenchy, d'être aussi déterminé, et ceci depuis votre premier billet sur Sociét générale de speculation, sur ces banksters, ces avides de pouvoir, ces corrompus impunis, qui ne doivent pas rester dans l'ombre, se terrer se cacher faire d'autres dégats, nous ne les y autoriserons plus. Et que se poursuivre l'Histoire qu'elle soit véhiculée à travers le Monde et grâce aux femmes et hommes qui se révoltés, qui ont agi pour nous tous en étant le détonateur, en nous donnant le LA, pour voir déchus, condamnés, ces quelques dizaines dhommes qui ont détruit ce que nos ancêtres et nos généations ont bâti. Les châtier ne serait pas assez fort, les détruire, les chasser, les exiler en un endroit sur terre et pourquoi pas en France mais sous terre, à l'endroit même ou ils ont encore dernièrement décidé d'extraire de la roche par forage, le gaz shiste, sans nulle précaution, sans réelle analyse, se moquant bien d'en exiterminer davantage. le chair à canon du forage, cette nécessaire pression serait alors leurs propres corps physique, tels tous ces morts et sacrifiés pour que soit la révolte.

 

Commentaire n°1 posté par Clo le 25/01/2011 à 22h24

Rien à ajouter après un commentaire aussi émouvant. Ah ! Si toutes celles et tous ceux qui se disent patriotes possédaient la même fibre, la même intelligence que vous, le pays et le monde serait probablement dans un meilleur état qu'il ne l'est aujourd'hui.

Merci à vous Clo.

Réponse de FRENCHY le 26/01/2011 à 18h21

Le Blog de FRENCHY

Ecrivez moi @ :

Derniers Commentaires

overblog

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés