Samedi 15 mars 2008 6 15 /03 /2008 16:33

Quand j'étais petit, nous habitions, mes parents et moi, dans une très vieille maison en pierres de taille, construite selon l’architecture mauresque qui consistait en un patio situé au milieu de l’habitat. Le plus souvent de forme carrée ou rectangulaire, avec une distribution périphérique des pièces de vie et des chambres qui ouvraient ainsi sur le patio, au rez-de-chaussée comme à l’étage.

 

C’était la maison de mon enfance où je passais tous les étés ainsi que les vacances scolaires lorsque le pensionnat était fermé. Grande et pleine de sombres recoins, elle avait cette inquiétante majesté des vieilles demeures à l’atmosphère épaissie par la succession d’histoires familiales accumulées sur plusieurs générations. La nuit on entendait presque ses murs chuchoter entre eux, se racontant les drames passés.  

 

Elle était aussi très impressionnante à cause des bruits sinistres que produisaient ses boiseries, après que la canicule de la journée ait laissé la place à la fraicheur de la nuit et que la lumière grise et laiteuse de la lune envahisse le patio projetant au sol, les ombres démesurées des fenêtres aux grilles en fer forgé.

 

Aussi en pleine nuit, quand il fallait traverser cet immense patio pour aller aux toilettes, le petit garçon que j’étais à l’époque n’en menait pas large !

 

Mon père me racontait que les premiers propriétaires de cette maison, ceux qui l’avaient fait construire, était une famille de trois personnes : Le père, la mère et une petite fille qui devait avoir mon âge. Le père était une sorte de chercheur chimiste qui travaillait essentiellement chez lui dans une pièce laboratoire spécialement aménagée à cet effet.

 

Quelques temps après que cette famille eut aménagé dans sa nouvelle maison, un drame terrible survint : Un soir d’été, le feu s’était déclenché accidentellement et s’était rapidement propagé à l’ensemble de la maison, brûlant la mère et la fille après les avoir asphyxiées dans leur sommeil. Le père, de sortie ce soir là, était revenu chez lui juste pour voir les pompiers finissant d’éteindre les flammèches persistantes, et les deux corps allongés côte à côte sur le bitume recouverts du drap blanc de la mort.

Fou de chagrin, car il avait compris que le feu ne pouvait provenir que de son laboratoire, il se tira une balle dans la tête.    

 

La première fois que j’ai entendu cette histoire je pensais qu’elle était inventée par mon père qui voulait juste me faire peur pour que je ne joue plus avec des allumettes ! Je venais juste de me faire gronder auparavant : j’avais joué avec des allumettes récupérées dans la cuisine risquant ainsi de mettre le feu à la maison.

 

La suite des événements me donnera tort, terriblement tort !

 

Cette histoire s’est déroulée durant un été, j'avais alors sept ou huit ans, pendant lequel il avait fait tellement chaud et sec qu’il fallait se réhydrater toutes les dix minutes. Pour éviter d’attraper la syncope comme disait ma mère !

 

Même au bord de la plage, le corps à moitié enfoncé dans le sable engorgé d’eau à l’endroit du ressac, il fallait quand même se réhydrater ! 

 

Pendant les baignades, ma mère me forçait à porter une casquette toujours humide et à boire des litres d’eau. Eau que je rejetais immédiatement et naturellement dans la mer, faisant bien attention d'immerger le corps jusqu’à la taille, afin de ne pas éveiller les soupçons des autres baigneurs autour de moi, ni de gâcher leur plaisir !

 

Mais la nuit je ne pouvais pas faire la même chose dans mon lit. Il me fallait me lever, me précipiter aux toilettes, souvent à la dernière minute. Mais purée, qu’est-ce que j’ai regretté de boire autant dans la journée !

 

Car c’est en me levant la nuit que j’ai commencé à entendre les bruits derrière moi !

 

Des bruits terribles à vous hérisser le poil même lorsque vous n’en avez pas ! J’avais beau serrer les cuisses, les fesses, les points et les dents à chaque fois, l’envie ne passait pas. Il fallait tout de même sortir du lit et courir dans ce noir qui me faisait peur, avec ce cri d’effroi qui résonnait dans ma tête mais qui restait bloqué dans ma gorge !  

 

Le même scénario se répétait toutes les nuits ! J’entendais des pas de quelqu’un qui courait derrière ou à côté de moi ! Je courais, la chose courait aussi ! Je m’arrêtais, elle s’arrêtait ! Je sentais mes cheveux se dresser sur ma tête tandis qu’un vent glacial descendait sur mon échine !

 

J’essayais de ne pas paniquer et sans me retourner, je fonçais vers les toilettes serrant mes cuisses pour stopper la fuite ! Et là, sentant le souffle de la chose courir en même temps que moi, mon cœur se mettait à battre tellement fort que j’avais l’impression d’entendre le son d’un tambour.  

 

Tap, tap, tap, résonnaient les bruits de pas derrière moi pendant que je courais !

 

Boîng, boîng, boîng, répondait mon cœur en rythme !

 

Et je courais serrant les jambes et mettant un pied devant l’autre pour stopper le flux rebelle.

 

Arrivé aux WC, que le stupide constructeur avait placés de l’autre côté du patio, je rentrais d’un coup et libérais mon ventre sans vraiment regarder où, exhalant avec bonheur une respiration longtemps retenue par solidarité avec mes boyaux !

 

Ensuite rebelote pour une séance de frayeur, retour vers la chambre, courant presque à quatre pattes pour franchir au plus vite l’endroit d’où venaient les bruits. Et, fermant les yeux pour ne pas risquer de la voir, je me précipitais enfin sous les draps de lin, me couvrant de la tête aux pieds, ne laissant aucune ouverture possible par laquelle la chose, qui hantait notre maison, pouvait s’introduire et me dévorer.

 

Comme si de simples draps pouvaient arrêter un fantôme, penserons certains d’entre vous ! Surtout ceux qui ont la mémoire courte !

 

Je suis sûr que vous voyez très bien de quoi je veux parler !

 

Mais revenons à notre histoire.

 

Cela s'est répété près de cinq nuits d'affilée. Et puis plus rien !

 

Oh ! Il y avait encore des craquements sinistres que j’entendais en allant aux toilettes, mais je ne ressentais plus la pesante oppression sur ma poitrine et n’avais plus la sensation qu’un démon courait à mes côté dans le noir.

 

Et puis il y eu cette nuit là où je m’étais levé comme d’habitude pour aller soulager ma vessie. A moitié endormi, je me sentais plus emporté par mes jambes plutôt que par ma propre volonté avançant pieds nus sur les dalles de pierre qu’on sentait presque remuer sous l’éclairage hallucinant de la pleine lune.

 

C’est en entrant dans les toilettes que je l’ai vue : une fille assise sur la cuvette, les cheveux ébouriffés, une chemise de nuit blanche lui arrivant aux orteils !

 

Une fille ! Ici ! C’est la fille des anciens propriétaires, celle qui est morte brûlée ! Ahhhhhhhh !!!!

 

On s’est regardé, puis on a hurlé en même temps. Sans comprendre, je m’égosillais en concert  car je voyais l’expression de terreur sur son visage et imaginais l’état du mien qui devait être pire encore !

 

Ensuite la voilà qui se met debout, me fonce dessus et me traverse de part en part, courant comme une fusée presque à l’horizontale et criant : Papa, Maman il ya un fantôme dans les toilettes !

 

Tout en continuant à hurler moi aussi, je ressentis la présence apaisante de maman derrière moi ainsi que ses doigts rassurants, caressant mes cheveux.

 

-          Maman j’ai vu le fantôme ! C’est la petite fille qui est morte brûlée après l’accident. C’est elle le fantôme qui hante notre maison !

 

-          Mais non, voyons ! Cette petite fille habite ici maintenant ! C’est sa maison à elle ! Tu sais bien que les seuls fantômes qu’il ya ici c’est nous ! Depuis que tu t’es amusé à jouer avec les allumettes !!      

 

 

 

Frenchy le 24 février 2009

Ecrire un commentaire
Voir les 1 commentaires
Retour à l'accueil

Le Blog de FRENCHY

Derniers Commentaires

overblog

Calendrier

Mars 2010
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>
 
Créer un blog gratuit sur OverBlog - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés